Le blog de Morinière

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Le monde dans une flaque d'eau

Toute cette agitation muette
La nuit quand la réalité dort 
Tranquille et aveugle
Je me suis vu ramper vers elle

Froid comme la mort
Attiré par la lumière
Phalène avide, brutale
Ou serpent sinueux

Je me suis vu léviathan grandiose
Dévorer ce monde vain
De soubresauts vaniteux
Et de créatures pitoyables

Et puis, ne pouvant me soustraire
Au grotesque de ma condition
Puisqu'on est jamais assez grand
J'ai mis le monde dans une flaque d'eau

La sève

De loin on peut sentir ton parfum
Ta suavité calme a envahi la nuit
Dans la clairière, immobile
Ta sève s'échappant de toi
Et tu la laisses s'enfuir sans un mot

Ce n'est pas la haine qui approche
Ni la colère noire qui rampe
La faim nous taraude et il fait froid
Tu es là, trop belle pour disparaitre
Quand se tarira ton souffle blanc

Nous préférons te dévorer 
plutôt que te voir t'effacer
Dans l'étreinte, perces-nous le coeur
Mêlons notre sang, vivants une dernière fois
Et dans l'huile de nos corps glorieux

Terminons-en une bonne fois.

Racines

A l'entour de ma fuite
Dans le Paysage flou
Et parmi les bruissements
Je perçois des notes de ta voix
Je fais quelques pas
Je m'égare un peu et je me langui

Mais la vague dans les branches 
Me berce et m'apaise
Alors je vois ton épaule nue
Dans les brindilles, l'humus,
L'arrondi d'un champignon
Et ton rire qui secoue les feuilles

Ton odeur qui flotte dans la pluie battante
Je croque un fruit, ton sucre et ton sel
Tend moi ta main, serre fort
Couche moi dans la terre meuble
Qu'elle me couvre et s'endorme sur moi
Ta peau dans la pénombre 

Et ton regard fuyant
Là, je m'enracine tandis que tu te détournes
Et je m'efface doucement
Mangé par une saison, puis deux
Et puis d'autres innombrables
Chaque jour un autre moi te cherche

Mais je sais où je suis vraiment ...

Je suis enfouis là, dans l'ombre
À rêver de ta chair tendre
Et de tes baisers brûlants
Entre les racines d'un arbre millénaire
Et mes soubresauts amusent
Un scolopendre et un cloporte.

Carnage

Cours
Le souffle court 
Le brasier dans sa cage
Le coeur qui éclate
Derrière
Les enjambées
Les fourrés
Des épines
Sous la peau
Les pieds s'égarent
Eclaboussés
La boue et le sang
Les grondements
Leur haleine
Odeur de fer
D'acide
Dans mon dos
Les ricanements
La gorge en flamme
Je ne vois plus
Brouillé
Mélangés
Les jambes, les ronces
La terre grasse
La folie
La meute
Le carnage

Rouge 
Puis noir

Le cercle

J'ai erré longtemps sans but apparent 
J'ai cru parcourir le monde et m'égarer
Sans cesse j'ai vu les même cailloux
Se succéder les uns aux autres
Sans cesse j'ai marché dans mes propres pas
Suant et fumant, épuisé par le fardeau
Des heures vides et des solitudes honteuses

Oui j'erre encore sans but apparent 
Je fais la conversation aux pierres
À la poussière je chante des chansons
Et à mes pieds j'accorde un sourire triste

Qui vais-je croiser sur cette route absurde ?
Un jour, si assez longtemps je marche
Jusqu'à ce que mes pieds s'émiettent dans mon sillage
C'est moi que je finirai par rattraper
Je le sais bien.

La source

Je suis la source.
Tu vois, je foule cette terre
Celle là même que tu as fuis
Celle où tu as laissé crever les tiens
Où tu les as oubliés, lâche

J'ai pleuré beaucoup
J'ai mouillé cette terre ingrate
De mes larmes, de mon sang
L'esprit vague, errant dans les limbes
J'ai cru disparaître

De ces buissons odieux, 
J'ai songé à me faire un linceul
Mais j'avais oublié la sève
Et combien ces griffes dressées
Se désespèrent de toucher le ciel

Alors, L'esprit vague, dans les limbes
J'ai commencé à façonner le monde
Et à le nourrir à ma source

Prédateurs

Tu verras comme c'est facile
Je t'enseignerais comment tuer
Celui qui blesse, le tuer vite
Fais toi passer pour faible
Tu peux même feindre la maladie
Ou l'idiotie peut-être, chose fragile

Deviens un objet brisé
Ne vois pas son mépris comme une offense
Puisque c'est ton allié le plus sûr
Laisses son crachat sur toi, 
Tolère encore son regard obsène
Et son pas sûr et rythmé

Et puis quand tu ne seras plus rien à ses yeux
Arrache lui le coeur, brise lui l'échine
Anéanti son orgueil à jamais
Qu'il se voit tel qu'il est, défiguré 
Celui qui avait cessé d'être humain.

Le chacal et la corneille

M'avez-vous vu de loin ?
Ou bien êtes vous là, postés depuis toujours
Attendant que j'existe enfin et que je vienne
Sur la route, plein d'entrain et d'espoir

Vous hésitez je pense :
Vous saisir de moi et vous chamailler pour ma carcasse, 
Vous disputant la meilleur part.
Ou bien peut-être me suivrez vous dans la lumière
Pour la masquer de vos ombres longues
Et occuper le silence de vos bruyantes invectives
La colère et l'envie

Je vais m'assoir et vous regarder, patient
Un jour, bientôt ou dans longtemps
Votre haine de vous même sera obèse
Elle deviendra plus grosse que votre faim de moi
Et vous finirez par vous étriper l'un l'autre
Ensuite, j'avancerais sur vos os brisés

Le souffle

C'est la nuit sous les grands arbres
Quand tu viens, les pieds nus
Sans un bruit, tu tournes et tu as faim

Pourquoi est-ce moi que tu envisages ?
Et pourquoi te penches-tu sur moi,
Si froid et si aride, dans un craquement d'os ?

Moi qui suis à peine
Moi qui effleure le monde
Moi qui voulais toucher le ciel

Tu souffles et je m'en vais.
Au matin, c'est éparpillé sur la mousse,
Que je verrai le jour.

la balançoire

Toi en équilibre sous le brasier
Te balançant sans songe ni soucis
Et moi qui entends les derniers vestiges
De mes jeux innocents et simples
Qui craquent et qui crient dans les flammes

Je crains encore de me brûler 
De sentir ma peau fondre et se fendre
Et toi qui bascules, incandescence éphémère

Et si l'insouciance c'était de se laisser manger par le feu ?
Et s'il fallait continuer de s'émerveiller quand même, 
Dévasté dans l'enfer qu'on a de ses mains allumé ?

La tempête

Tu vois, j'y avais rangé beaucoup de choses
J'y ai caché des objets auxquels je tenais
J'ai laissé la table dressée et un feu au foyer
J'ai même rempli les verres d'un breuvage sucré
Aux murs il y avait des photos, des dessins
Au sol, la poussière n'est pas encore retombée

Mais j'ai déchiré le papier sur les murs et j'ai brisé le bois
J'ai donné des coups et j'ai crié fort
Si bien que ... regarde comme tout s'en va
Et j'ai senti comme tu me regardais tout ce temps
Longtemps j'ai tenu ta main chaude

Aujourd'hui je me demande seulement,
Toujours ma main dans la tienne,
Quel moment tu choisiras pour mordre ma chair
De tes dents ouvrir des plaies béantes
Alors que j'observe la tempête emporter ma maison

Sur le chemin

Est-ce toi que je vois, blafarde, sur le chemin
Est-ce toi qui flotte ainsi, somnambule
Est-ce toi qui assassine et qui enlace 

Vas tu laisser ce fardeau et tenir ma main un instant
Ou bien recueillir mon sang dans tes mains en coupe
Vas-tu lever tes yeux clairs
Ou les plonger dans ces entrailles

Choisis donc la tourbe ou l'eau claire
Etends-toi enfin sur ce lit
Laisse moi courir loin devant
Et fuir mes restes encore fumants

La harde

Si tu n'es que frôlement sur la mousse
Si ton souffle prend le son de la brise
Si tes songes glissent délicatement sur le monde

Alors peut-être, la harde des muses se tournera vers toi
Et viendra dans une folle course répandre la beauté
Sous ton regard incrédule, noyé par la grâce

Pourtant sois prudent et reste caché
Couvre toi les lèvres de tes mains fébriles
Car si tu te dévoiles tu verras qui se dissimule
Au coeur de la mêlée fragile et mouvante

L'épée palpitante et hideuse, ta faiblesse
Qui ricane et s'impatiente en rêvant
À toutes les fois où elle t'a percé le flanc.

Du vent dans les branches

Longtemps j'ai glissé, le pied alerte. 
Ne transportant que ma peau nue
Et le vent dans ma poitrine.
La nuit venue, le jour habitait sous mes voiles.
J'ai dévoré des baies sucrées 
Et humé les odeurs de châtaignes.

Et puis les ans et les pierres au fond du ventre,
Ces rameaux saisis, qui cassent ou qui pèsent
L'échine plie et fait le pas lourd.
Pourtant il y a le souvenir du parfum et du sucre,
Toujours le vent dans ma poitrine qui souffle sur mes branches 
Et qui sait où je vais alors que je suis dans l'ombre.

Absence et folie

Je vois bien que tu faiblis, et que ton souffle s'éteint
Que ton regard s'anime de la dernière angoisse

J'aimerais te rassurer et te dire que tout ira bien
Seulement, moi qui suis mort déjà, je mentirais 

Parce-que tu t'engouffres dans le néant 
Parce-que tu laisseras derrière toi un vide
Dans lequel tout se précipitera dans un tourbillon

Pour qu'à la fin plus rien ne soit 
Que l'absence et la folie

Le renne et le hêtre

Là où je trône, laisse ton coeur flâner
Sur le lit fatigué de l'an passé étends-toi 
Tu peux abreuver tes dernières heures sur mes pieds
Et sentir l'or danser sur toi, la sève filer sous ton corps las
Tu peux mourir ici si tu veux, c'est égal, personne ne le saura
Mais avant nourris-toi de moi.

La course

Où cours-tu ainsi et qui est après toi ?
As tu entendu une voix dans les noires enchevêtrements ?
As-tu frôlé la mort alors que tes cheveux se prenaient dans les ronces ?
Tandis que des mains brulantes glissaient sur toi
Tandis que tes fantômes tentaient de te soutirer une étreinte

As-tu peur alors que tes jambes faiblissent ?
Crains-tu de te tourner et d'affronter ce qui s'agite
Ce qui se tord dans la pénombre et qui gémit d'ennui et de rancoeur
Des papillons noirs dans la gorge et des griffes au fond des yeux

Si tu as peur, sais tu que tes pieds te trahiront
Et qu'ils t'emmèneront dans le gouffre, là devant ?
Ne fuis pas et laisses toi tuer une fois pour vivre deux fois.

Uchronie(s) : une petite planche

Aethernam est dans les bacs, je poursuit donc exclusivement sur Uchronie(s) ... pour le moment.

Pas mal de choses se profilent à court et moyen terme, toutes assez différentes et toutes enthousiasmantes.

En attendant,; la moitié de l'album est bouclée, il paraîtra dans le courant 2012 chez Glénat. Je connais à peu près la date précise, mais comme j'ai envie de faire mon chieur....

En attendant, voici une planche.

Hoplà 

Le Lierre

Ils glissent sur ta peau
Ils courent dans ta chair
Alors que tes yeux sont ailleurs
Absorbés par les ombres longues


C'est quand tu veux marcher plus loin
Et fouler, libre, l'herbe haute
Sentir le vent lécher ton corps
Que tu comprends que tu es vide

Que les j'aime et les j'aimais
Que les Jamais, les plus jamais
Avides, t'ont laissé exsangue
Et t'ont volé ta substance

REX

Pour sauver le poste du projectionniste d'un cinéma rural et peut-être bien sauver le cinéma lui même, nous avons mis en ligne une pétition.

D'autre moyen d'informer localement sont mis en place mais cette pétition est diffusée très largement.

Si l'accès à la culture en milieu rural vous importe, si le fait de de se débarrasser d'une personne ultra compétente, exigeante (trop??), bref la personne la plus à même de faire tourner le cinéma, vous semble pour le moins suspect,

alors signez la pétition. Merci d'avance pour votre engagement.

Pour signer, cliquez ICI

le GRR

(Groupement de Revendication pour le Rex)

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